poésie et prose

Extrait de Douze ratures acceptées

Les ardoises orangées ce matin depuis ma fenêtre

Disaient silencieusement tout ce que je voulais entendre

Une tourterelle d’accord, des mésanges acquiesçantes

Prirent le dessus du rouge dans un bleu scintillant.

 

La fraîcheur qui s’échappe du vert charmant des haies

Happe mon inconstance et l’enfouit au grenier

Écrire pour commencer c’est tellement suffisant

Le jour sera très lent, sans artifice ni doute.

 

Sereine et déchargée, la matinée de conquête

Dont l’absence de surprise soulage ma poitrine

Apporte des vacances à mon esprit usé

Dont la fête imminente rend concaves mes lèvres.

 

Qu’y a-t-il dans le café et dans la cigarette

Pour qu’on y trouve la paix quelles que soient ses défaites ?

Les plaisirs récurrents ont une force singulière

Dont l’habitude allège le travail de mes veines.

Extrait des Incertains ont la vie fauve

La justesse, cette raison. La tendresse d’un arbre, un visage éclairé, le tableau qu’on avait attendu. La vie vaut sa peine, et l’étendu du beau respecte le corps. Un bien est là. Et la lumière qui tangue s’empare. Aller vers. Les transports, cette humanité qui console. Art. Il y a un regard. La douceur d’être, qui fabrique la bonté. Et les traces de pattes du chien qui accompagne sur le sol d’une maison aimée. Et un ami, cet absolu. La beauté d’une main, d’un mot, d’un silence. Et les moments, quand la campagne n’hésite pas. Elle attrape l’ensemble qui permet d’être. Elle donne. C’est un ventre, serein. L’amitié peuple si entière. Et la cale sur le port a toute sa vocation. Des pierres. Leur constance varie. C’est très beau. Un oiseau blanc déplie le ciel. Une cloche. C’est bon les cloches. La musique, cette autre constance, cette terre intacte et inventée. Elle touche. Elle touche tout. C’est un très grand amour. Nous ne sommes qu’un. L’unité est très précieuse, elle vainc l’étranger. Être juste. S’accorder. Et correspondre.

Extrait de l'écart, ses robes de nuit

Le gris extraordinaire de ces deux vieux amants

Ravalés et sévères grignotés par le temps

Dépassera l’exemplaire signifié au passant

Comme un don ordinaire affublé d’un croissant.

 

Leurs mains noueuses et sèches ratifient le couplet

Qui d’aventures ensemble rappelle l’imparfait.

Survolé sans ramure tremblait donc le tiret

Mais le succès rassure et la mort se méfiait.

paroles

©2020 par Caroline Morlat Mialaret.